Document préparé par le Groupe de médecine familiale (GMF) de St-Donat, vous donnant des informations pertinentes sur les cyanobactéries, ce document est disponible au téléchargement en pdf sur le site de la municipalité
Le GMF (Groupe de médecine familiale)de St-Donat vous informe :
Les Cyanobactéries, faut-il s'en inquiéter ? La communauté de St-Donat est sous le choc ! Un avis de la santé publique a été émis le 7 septembre 2006 recommandant aux gens de ne pas consommer ou éviter d'être en contact avec l'eau provenant du lac Archambault, du lac Blanc et plus récemment du lac Ouareau.
Voici quelques faits qui vous permettront de mieux juger la situation.
Pourquoi avons-nous maintenant des cyanobactéries ?
Il y en a toujours eu, mais il semble y avoir une plus grande prolifération aux endroits où l'on retrouve davantage de phosphates et d'azote. Des fosses septiques non conformes, l'utilisation de savons et détergents riches en phosphates, des terrains déboisés près de la rive, les pelouses ou jardins bien nourris par des engrais contribuent de façon significative à la détérioration de nos lacs. De plus, il y a des changements climatiques importants ; nous avons eu beaucoup de précipitations cet été qui ont « lavé » le sol et « rempli » nos lacs. Les embarcations motrices en plus grand nombre pourraient contribuer au phénomène en soulevant des vagues qui remuent les sédiments du lac.
Les cyanobactéries, aussi appelées algues bleu-vert, ont toujours été présentes dans la nature. Il en existe plus de 150 genres regroupant quelque 2 000 espèces. Environ 40 espèces peuvent produire des toxines, de trois classes : des neurotoxines (toxiques pour le cerveau), des hépatotoxines (toxiques pour le foie) et des endotoxines qui irritent la peau.
De 1999 à 2003, 84 milieux aquatiques ont été rapportés au ministère de l'Environnement pour des problèmes de cyanobactéries. Nul doute qu'il y a plusieurs lacs qui n'ont pas encore été rapportés, mais nos lacs Archambault, Blanc et Ouareau font actuellement l'objet d'une surveillance par le ministère de l'Environnement et de recommandations de la Santé Publique.
Des fleurs d'eau (aspect que prend cette bactérie sous la surface de l'eau) ont pu être observées à plusieurs endroits autour du lac Archambault : en bas de la rue St-Paul, près de l'embouchure de la rivière Michèle, et dans la baie de la pointe Aubertin. Au lac Blanc, on en retrouve sur la rive sud face au Mont-Garceau. Il y en a aussi sur le lac Ouareau. Ces colonies peuvent se déplacer verticalement ou encore être déplacées par le vent et les courants. On peut s'attendre à en voir un peu partout autour de nos rives d'où l'importance d'être vigilant.
Quels sont les taux de toxines observés et la concentration maximale acceptable (CMA) ?
Les analyses effectuées par le Centre d'expertise en analyse environnementale du Québec ont confirmé la présence de cyanobactéries du genre prédominant Anabaena. Rassurez-vous, elles n'ont pas de neurotoxine mais contiennent une très faible quantité d'hépatotoxine, soit moins de 0,155μg\L au total. Cette concentration est dix fois inférieure à la concentration maximale acceptable (CMA) tel que définie par Santé Canada. À titre de comparaison, des échantillons pris dans la Baie Missisquoi ont démontré des concentrations de toxines jusqu'à 2204 μg\L, soit 14,000 fois plus élevé que notre échantillonnage à St-Donat.
La CMA, concentration maximale acceptable, est de 1,5μg\L. Cette norme résulte d'un calcul d'une dose de toxine administrée par gavage à des souris pendant 13 semaines. La dose qui ne causait pas de changement dans le foie a été calculée, en appliquant un facteur d'incertitude de 1000. Le poids corporel chez l'adulte a été estimé à 70 kg et la consommation d'eau à 1,5 litre d'eau par jour. Concrètement, cela veut dire qu'aux doses de toxines détectées actuellement dans les échantillons soumis, il faudrait à un adulte de 70 kg boire 15 litres d'eau par jour pendant tous les jours de sa vie pour possiblement voir son foie se détériorer, et ceci près du site d'échantillonnage. Prendre un verre d'alcool par jour serait sans doute plus toxique. Toutefois, il faut être encore plus prudent si vous souffrez déjà d'une affection au foie ou de maladie graves. On peut penser que les enfants sont aussi plus à risque. Enfin les animaux seraient aussi beaucoup plus susceptibles aux toxines.
Alors pourquoi s'inquiéter ? Les cyanobactéries sont un phénomène en émergence et peu d'études peuvent vraiment prédire à ce moment les effets à long terme et même à court terme. De plus les taux de toxines détectés sont analysés sur des bactéries vivantes. Lorsqu'elles sont détruites, elles peuvent libérer de plus grandes quantités de toxines. Ces toxines peuvent prendre de 2 à 6 semaines pour être détruites naturellement par la lumière. D'où la recommandation de la Santé Publique d'éviter d'être en contact avec cette eau pendant au moins 3 semaines et ceci jusqu'à avis contraire ou disparition des cyanobactéries. Il ne s'agit pas d'une interdiction. Toutes ces normes pourraient être révisées au cours de la prochaine année par un comité provincial d'experts.
De façon pratique, qu'est-ce que cela veut dire pour vous citoyens de St-Donat ? Si vous êtes approvisionnés par le réseau d'aqueduc ou par un puits artésien, vous n'avez pas à vous en faire. Si vous avez un puits de surface, il ne faut pas qu'il soit directement infiltré par l'eau du lac. Faites analyser votre eau par un laboratoire et si elle contient des bactéries, abstenez-vous de boire cette eau jusqu'à ce que vous corrigiez le problème. Si vous prenez votre eau directement du lac, il n'est pas recommandé de boire cette eau.
Si vous souhaitez faire traiter votre eau, les moyens conventionnels tel que de faire bouillir l'eau, la coagulation, la filtration, la décantation et la chloration ne détruisent pas les toxines. Des moyens plus évolués tel que les filtres à charbon actif en grain et l'ozonation à une concentration de 1 mg|\L sont très efficaces pour éliminer les cyanotoxines. De nouvelles techniques telles que la microfiltration et la nano filtration sont très prometteuses.
Si vous souhaitez vous baigner, il n'est pas recommandé de se baigner dans de l'écume (ressemblant à de la mousse de couleur verdâtre) et des fleurs d'eau. Il est évident alors qu'il y aurait assez de cyanobactéries possiblement toxiques pour vous exposer à une ingestion accidentelle. Il n'est pas recommandé de laisser des enfants à proximité de ces endroits, ni des animaux qui pourraient être tentés d'en boire. Plusieurs études ont démontré qu'il y avait peu de risques si on était immergé dans l'eau pour une période de moins de 60 minutes. Au-delà de ce temps, vous pourriez avoir des symptômes de diarrhée, vomissement, éruption cutanée, fièvre, infection des yeux ou oreilles. Pour ce qui est des réactions cutanées, certaines personnes ne réagiraient pas du tout alors que d'autres sont très sensibles. En ce qui nous concerne actuellement, les pires effets sont les crises d'anxiété et la panique générés par une méconnaissance des faits et de l'avenir.
Que pouvons nous faire pour prévenir ? Il faut être aux aguets et signaler toutes proliférations suspectes. Il nous apparaît aussi évident que nous devrons faire des efforts importants afin de régénérer nos rives, s'assurer que nos fosses septiques soient conformes si nous voulons préserver la qualité de notre environnement. Il n'y a malheureusement aucun traitement spécifique en cas de symptômes. Il faut éviter de vous exposer à ces toxines. Il n'est pas trop tard. Ce qui survient ici à St-Donat est une brutale prise de conscience sur la fragilité de notre écosystème.
Le mot de la fin
Alors voilà les faits : vous pouvez allez lire des informations pertinentes plus complètes sur le site web de l'institut national de santé publique du Québec au www.inspq.qc.ca dans la section publications. C'est à vous de juger comment vous voulez appliquer ces recommandations à la lumière de ces informations. Nous vous rappelons que la Santé Publique recommande aussi de boire de l'alcool en quantité modérée et de ne pas fumer. Il est évident que les dommages sur la santé causés par le l'alcool et le tabac sont de loin plus importants et mieux connus que les cyanobactéries.
Nous avons tenté de nuancer les avis émis par votre municipalité ainsi que par la santé publique. Notre GMF a pour responsabilité de voir à ce que vous puissiez bénéficier de soins préventifs et de traitements adéquats au sein de votre communauté. Nous n'allons pas à l'encontre des recommandations, nous voulons surtout que vous soyez en mesure de mieux comprendre et ainsi de mieux juger de la situation.
Jean-Marc Hébert, MDCM, LMCC, CMFC
Responsable médical du GMF de St-Donat